La page Facebook «Women Who Eat On Tubes» (les femmes qui mangent dans le métro) propose aux Londoniens depuis quelques semaines un jeu bizarre. Il s’agit de photographier des femmes, à leur insu, dans les transports et de publier la photo en indiquant ce qu’elles grignotent, à quelle heure et sur quelle ligne. Ces portraits, souvent peu flatteurs, commencent à agacer sérieusement, si bien que certain(e)s accusent la page de sexisme et invitent les victimes à porter plainte. «Nous célébrons et encourageons les femmes qui mangent dans le métro. Nous ne les marginalisons pas», se défendent les auteurs de la page. Par exemple, Sophie Wilkinson, interrogée par le site The Debrief, explique s’être «sentie humiliée» et«désemparée devant l’impossibilité d’obtenir le retrait» de sa photo sur Internet. La page affiche déjà 20 000 membres, un chiffre qui grossit d’heure en heure. UnTumblr a même vu le jour.

 Le 7 avril à 14h28, en train de manger une « grosse poignée de popcorn salé » sur la ligne « Hammersmith and city ».

«Le 7 avril à 14h28, une grosse poignée de pop-corn salé sur la ligne Hammersmith and City». Photo WWEOT

Dépassés par leurs succès, les administrateurs de la page ont réagi lundi en dictant quelques règles. Ils s’engagent à supprimer toutes images et commentaires«injustifiés, offensants ou abusifs», et préviennent que «aucune exception» ne sera permise. Contacté par Libération, le créateur de la page, Toni Burke, défend un«point de vue culturel» sur la société et les nouvelles technologies. Sans prétendre pour autant faire de l’art : «Les photos ne sont pas du Hirst ou Picasso, mais c’est la capture d’une image ou d’un moment personnel qui ne peut jamais se reproduire […] et les images sont culturellement en constante évolution». 

«Prendre des photos dans le métro n’est pas illégal», a indiqué Steve Burton, directeur de la sécurité chez TFL, organisme en charge du métro londonien, «mais nous demandons à ceux qui photographient de faire preuve de bon sens et de respecter les autres passagers». TFL a appelé «les femmes se sentant en danger» à contacter les agents du métro ou la police des transports. 

Justin DELÉPINE